Bijayogashram
Centre de Yoga Satyananda
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Education yogique et transmission orale
Le but et le fondement de l’éducation
Pour comprendre l’intelligence et la nécessité de la transmission orale utilisée autrefois, il faut repenser le but et le fondement de l’éducation d’un point de vue yogique.
Pour Swami Niranjanananda, l’éducation aujourd’hui « est orientée vers l’acquisition d’un emploi et non vers l’étude de soi. Elle n’est donc pas à même de nous faire prendre conscience de nos qualités profondes ni de nous enseigner comment les utiliser. Depuis notre naissance, notre programmation nous mène tout droit vers un état névrotique. »
L’éducation ne doit pas être réduite à un processus intellectuel, visant à remplir la tête de faits et à conditionner la personnalité afin qu’elle puisse accomplir ce qu’attendent les autres. Elle n’est pas non plus la programmation de l’aspect superficiel de l’individu pour qu’il puisse s’inscrire dans un schéma ou entrer dans une boîte, en corrélation avec les normes acceptables par la société.
L’éducation doit s’exercer à tous les niveaux simultanément – physique, vital, mental, psychique et spirituel. Dans ce processus majeur, l’individu doit être considéré dans sa globalité. Très tôt l’éducation doit donc inclure une philosophie de la vie solide et saine.
Apprendre de la vie
Il faut rappeler que selon la vision yogique, la vie dans son ensemble est une école, une université, un terrain de jeu et que chaque instant a une sagesse cachée à révéler. Afin d’apprendre de la vie, de ses expériences, nous devons garder l’esprit et le cœur ouverts et éveillés à tout moment.
L’éducation évolutionniste
Selon Swami Sivananda, il y a trois aspects de la personnalité dont on doit tenir compte pour que l’éducation soit un facteur d’évolution. Dès que l’on considère ensemble la tête, le cœur et les mains, symbolisant la nature intellectuelle, émotionnelle et pratique de l’homme nous avons les plus grandes chances d’assister à une croissance et une évolution équilibrée de la personnalité dans sa globalité.
« Tout dans l’être humain doit être formé par une éducation scientifique, artistique et pratique – le corps, le mental, le psychisme, l’intellect, les émotions, l’esprit – tout doit se développer ensemble harmonieusement. L’homme intérieur doit être éduqué. Seulement ainsi l’évolution pourra être rapide ».
On doit enseigner aux enfants comment manier toutes les circonstances de la vie, comment s’adapter et s’ajuster à l’environnement et interagir avec tous les types de personnalité. Nous devons nous assurer qu’ils s’acceptent eux-mêmes et qu’ils aient de la compréhension, qu’ils possèdent une volonté et un tempérament forts mais en même temps, ils devraient avoir la capacité de comprendre les besoins et les façons de penser des autres.
Des personnalités équilibrées, arrondies, sont préférables aux génies névrosés. Par-dessus tout, leurs facultés supérieures devraient être développées et ils devraient être des membres indépendants de la société, capables de se tenir debout sur leurs deux pieds.
En même temps qu’un savoir intellectuel, une discipline spirituelle et yoguique devraient donc être de mise.
Education auprès du maître
Du temps des rishis, une fois que l’enfant avait été élevé physiquement par ses parents, et que le premier éveil de la conscience avait pris place vers l’âge de sept ou huit ans, celui-ci était envoyé à l’ashram près d’un guru, un maître pour être nourri mentalement et spirituellement. Le guru devenait alors l’ami le plus cher et en lequel on plaçait toute sa confiance, celui qui nous guidait sur le chemin de la vie vers le but ultime – la découverte de l’esprit éternel à l’intérieur de soi. Cette entrée dans la demeure du précepteur était une sorte de renaissance dans la dimension spirituelle et prenait place devant le feu sacré. A cette période, on donnait à l’enfant un nom nouveau correspondant à sa nature intérieure essentielle, et non à son identité sociale. Ensuite sa formation scientifique, morale et spirituelle commençait.
La méthode d’enseignement était la technique mnémonique de la tradition orale et couvrait une vaste étendue de sujets : les mathématiques, la littérature, la grammaire, la phonétique, l’étymologie, la prosodie, la démonologie, la divination, le tir à l’arc et autres arts martiaux.
Swami Sivananda écrit : « Du temps des rishis, chaque étudiant dans le gurukul connaissait le pranayama, les mantras, les asanas et les codes moraux. Tous possédaient l’humilité, le contrôle de soi, l’obéissance, l’esprit de service, le sacrifice de soi et le désir d’une vérité supérieure ».
Où trouvons-nous ces aspects dans notre système d’éducation actuel ? Qu’est-ce qui a mal tourné dans notre société, dans notre culture aujourd’hui ? Comment pouvons-nous rectifier la situation ?
Peut-être que la réponse se trouve à l’intérieur du système irréprochable, scientifique et holistique des anciens sages et de leur profonde sagesse. Peut-être devrions-nous sérieusement songer à réintroduire ce système du gurukul et de transmission orale.
Swami Niranjanananda va même plus loin pour dire : « Une institution académique devrait seulement être régie dans l’environnement d’un ashram, et toutes les écoles, les collèges et les universités doivent devenir des ashrams, de façon à ce que les valeurs sociales, pratiques, morales et spirituelles soient absorbées d’un seul coup ! ».
Un aspect très important de l’éducation qui est pratiquement non existant de nos jours est la discipline. Le contrôle de soi, la conscience de soi, la compréhension de soi et l’autodiscipline étaient inculqués très tôt dans la vie dans les ashrams auprès des rishis.
Le résultat de cette éducation globale de l’enfant était que la société recevait des citoyens équilibrés, capables, responsables, qui voyaient comme devoir principal celui de redonner à leurs familles et à la société autant que faire se peut, pour le bien commun et aussi pour leur évolution individuelle, en accord avec le dharma, tout ce que leur maître leur avait offert.
La transmission de la sagesse par le maître
L’aspect unique et le plus important de l’enseignement gurukul, à l’époque des rishis, était que l’étudiant puisse faire l’expérience du professeur en tant que transmetteur d’une connaissance supérieure ou sagesse. Le guru était capable de transmettre sa sagesse psychiquement sans utiliser de mots. La connaissance était au-delà de l’intellect et ne passait donc pas par le mental.
Ainsi parle Paramahamsa Satyananda : « Une étincelle, hautement chargée en énergie, entre à l’intérieur d’un des centres psychiques du cerveau – la conscience alors se répand à l’intérieur permettant à l’étudiant de boire à la source. »
Afin que la transmission puisse s’effectuer, un lien d’amour, la confiance et le respect entre le professeur et l’élève doivent exister.
Autrefois, la relation guru-disciple était l’idéal le plus élevé pour le chercheur de vérité, pour celui qui cherchait la vérité cachée qui mène à la vraie sagesse, en opposition à la connaissance purement intellectuelle qui prévaut de nos jours.
Ainsi, le guru représentait un lien très spécial et puissant pour former la personnalité et la destinée de l’enfant et le conduire dans le chemin du dharma.
Selon Swami Sivananda : «L’éducation construit ou détruit la civilisation. Les universités sont les réels gardiens du caractère, de la culture et de l’éducation d’une nation. Les universités ne devraient pas être simplement des institutions surchargées. Elles doivent être des sanctuaires de lumière et de sagesse ».
Tel était le cas du temps des grands sages illuminés comme Kanva, Vasishtha et Vishwamitra. Leurs ashrams étaient des centres d’enseignement hautement respectés, qui gardaient vivants les feux de la pensée à la fois scientifique et spirituelle. Les sages étaient les réels gardiens de la terre, pas les rois auxquels ils donnaient des conseils.
A partir d’extraits d’un texte rédigé par Swami Vibhooti Saraswati de la Bihar Yoga Bharati sur l’Education éternelle et publié dans Yoga Mag.
